La blog de Bertrand Dussauge

Le business intelligence du fonds Knight Vinke provoque la valse des patrons

Ajouté le Sep122005
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Depuis plusieurs mois l’actualité économique nous rapporte des preuves du changement d’évaluation des performances des entreprises cotées. La publication de bons résultats comptables ne suffit plus à satisfaire les analystes, et surtout les actionnaires minoritaires. Ces derniers emploient maintenant le pouvoir dont ils n’usaient pas jusqu’alors par l’intermédiaire d’associations ou de fonds d’investissement.

Les actionnaires veulent des distributions de dividendes en hausse même quand les résultats sont moyens, et en monnaie trébuchante de préférence. D’autre part, ils attendent régulièrement des explications détaillées sur le bien-fondé de la stratégie suivie. Les patrons qui ne se plient pas à cette nouvelle règle sont remerciés par les administrateurs, plus indépendants.

En conséquence, la nouvelle gouvernance d’entreprise se propage et la communication financière est sa matrice avec des communiqués plus réguliers entre les rendez-vous obligatoires : assemblées générales, publications des comptes trimestriels et annuels. Mais cette gouvernance est aussi plus intelligente, au sens anglo-saxon du terme, car elle mesure les risques et les opportunités du comportement des médias, notamment le volume croissant des fils boursiers en ligne. Ceux-ci talonnent en volume les médias nationaux. La direction financière peut ainsi analyser ses relais d’opinion pour privilégier les titres de presse qui propagent le mieux leur message ou les courtiers qui ont la faveur des mêmes médias. Parallèlement, elle adapte son discours vers les supports les plus négatifs ou les moins prolixes. Pour ce faire, les grands groupes donnent plus de voix à leur président. La mesure des titres du CAC40, ces huit derniers mois, montre que ceux qui bénéficient de recommandations plutôt positives cumulent deux performances. Premièrement, ces entreprises recueillent un volume d’articles de presse à tonalité positive au dessus de la moyenne de celle de leurs principaux concurrents. De plus, le nom du président est cité dans plus de 5% du volume total d’articles.

Notre observatoire de l’information financière des principales entreprises cotées a ainsi vérifié cette nouvelle équation de la communication financière. Les patrons de Daimler, Carrefour ou Accor ont dû quitter leur présidence pour un cumul de mauvais résultats dans les deux premiers cas ou surtout d’une mauvaise visibilité de la stratégie dans les médias pour Jean-Marc Espalioux. Ce dernier, le mal-aimé patron d’Accor en interne, va aussi quitter son poste en janvier prochain. La gestion du groupe hôtelier affichait pourtant de bons résultats comptables mais les relais d’opinion n’étaient pas convaincus de la stratégie perçue. Malgré un volume d’articles au dessus de la moyenne du secteur, près de 30% de ce flux médiatique contenait une tonalité négative. Cette tonalité rapportait les rumeurs de scission entre la présidence du conseil de surveillance et M. Espalioux. Mais elle était aussi marquée par la mauvaise gestion du personnel et de la communication de crise, liées au ravage du tsunami dans un Méridien de Thaïlande. En conséquence, l’action sous-évaluée et inférieure à la moyenne de celle de son secteur, expose Accor à un risque d’OPA. La rumeur souffle les noms de deux fonds minoritaires : Starwood Capital et Colony Capital. La presse internationale donnait trois fois plus de visibilité à Colony, à la fin du mois d’août.

A contrario, l’observatoire révèle un bon exemple : Gérard Mestrallet, le président de Suez. L’analyse des articles de presse de ce leader de l’énergie et de l’environnement, depuis la première menace du fonds minoritaire, Knight Vinke, en décembre 2004, montre une progression constante de la visibilité de son président dans l’ensemble du flux citant le groupe. Il est passé de moins de 5% en début d’année à près de 9% du volume total, ces trois derniers mois. Le renommé quotidien financier britannique « Financial Times » (FT) a régulièrement et fidèlement rapporté les propos critiques de Eric Knight, patron du fonds éponyme, à l’encontre de la stratégie de M. Mestrallet. Il lui reprochait un manque de transparence entre le financement des activités environnement et celles de l’énergie, concernant particulièrement la filiale belge d’électricité, Knight Vinke étant aussi actionnaire de Electrabel. La direction financière n’a cessé de communiquer sur les résultats de la restructuration et l’amélioration des résultats, en maintenant parallèlement une information exhaustive sur les nouveaux contrats. Puis, le coup de maître a débuté en juillet quand Suez a communiqué, avant la date officielle, la performance du premier semestre. Dans la foulée et profitant du peu d’informations au mois d’août, le groupe a annoncé l’acquisition complète de sa filiale belge en rémunérant les actionnaires en numéraire s’ils le désiraient. Les médias ont publié plus de deux cents articles en 24 heures, saluant majoritairement cette décision. Dans ce contexte favorable, l’assemblée générale du Suez du 8 septembre annonce une augmentation de capital pour financer l’achat. Le FT publie la nouvelle sur Internet le même jour en soulignant la campagne d’influence réussie de Knight Vinke. L’action de Suez est au mieux. Les actionnaires sont satisfaits. Les critiques sur la rentabilité prévisionnelle du pôle environnement ou des concessions de distribution d’eau s’estompent aussi. Avec une nouvelle accélération dès le 9, où une rumeur des médias argentins, reprise en premier par boursier.com, le fil en ligne le plus actif sur Suez, annonce le retrait de l’entreprise en Argentine. Bien que la direction générale du groupe Suez continue de prôner sa liberté d’action quant à sa stratégie, il n’est pas interdit de penser que l’influence de minoritaires ait joui d’un effet de levier avec l’aide du premier quotidien économique international soutenu par ses pairs belges. La même campagne d’influence médiatique de Knight Vinke avait, en 2004, obtenu successivement la démission du directeur financier, puis du président de Shell pour que la société centenaire ne soit plus gérée entre Londres et Amsterdam. Knight Vinke a empoché alors plusieurs millions de plus-values avec un bond du Footsie.

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