La blog de Bertrand Dussauge

HEC: les réseaux sociaux changent-ils notre vie?

Ajouté le Oct282009
Ecrire un commentaire

0911hec_confLe 19 octobre, nous étions trois blogueurs à la Cantine (Nicolas Vanbremeersch, Pierre-Yves Poulain et moi-même), invités par l’association HEC, pour répondre à notre manière à cette question assez courante chez les quadras+.

Ma manière, c’est de montrer comment les réseaux sociaux sur Internet donnent un sens à la vie contemporaine très anxiogène.  Des solutions qui connectent les propos de l’individu isolé dans la mondialisation, grâce à l’opinion partagée (homodoxie). La réponse à la question est oui, en mieux, si l’on accepte d’entrer dans ce territoire numérique avec une identité personnelle, généreuse et sans langue de bois. Pour que votre nom ait de la valeur aux yeux de ceux qui partagent vos propos d’un instant. La réponse sera toujours oui, mais  en pire dans une dizaine d’années, pour ceux qui refuseront d’y participer et qui souhaiteront pourtant conserver une activité sociale et professionnelle. Qui accepterait d’entreprendre sans un email aujourd’hui? Aucune grande entreprise ne proposera un poste intéressant, à tout age, si les nouveaux usages des technologies ne sont pas compris. Pour les comprendre, il faut les pratiquer même si vous êtes un ours qui ne voulez connaitre personne d’autre. Si vous souhaitez aussi écouter la conférence (une vingtaine de minutes) devant 300 auditeurs diplômés d’HEC, cliquez ici sur la partie 2.

Je m’explique sur la manière d’entrer dans ce territoire numérique à titre personnel

1/ Mon profil : je crée un compte pour chercher mes principaux contacts « physiques », les bienveillants d’abord, sur l’une des plateformes Viadeo, LinkedIn, Xing, voire Facebook qui mélange la vie privée et la vie professionnelle. Je me connecte à ces réseaux pour identifier une vingtaine de mes contacts existants au départ. Je vais savoir automatiquement leurs nouveaux projets, leurs nouvelles rencontres… leurs dernières opinions sans attendre le prochain café avec eux. Je pourrais aussitôt découvrir, quand je le souhaite, le profil de personnes que le hasard ne m’aura pas présenté. Découvrir des inconnus avec leur parcours, leurs métiers, leurs passions, leurs prises de position, c’est aussi pouvoir me connecter à eux sans cooptation. Et inversement, ces entrepreneurs inconnus voudront me contacter en lisant mes publications.

2/ Mon blog : en acceptant de créer un blog personnel, j’accepte enfin de m’offrir au moins un rendez-vous hebdomadaire avec moi-même. Je pense à me respecter enfin, pour espérer que d’autres me suivent. Je lis, vois et entends des dizaines d’informations ou d’événements chaque jour et je ne veux plus garder mon sentiment pour moi ou pour un groupe d’amis autour d’une table. Je deviens chroniqueur, médiateur de ma  vie avec mon propre média. Je n’ai plus besoin de solliciter les Echos ou La Tribune pour diffuser mon analyse, mon point de vue. Ce sont les journalistes qui décideront, quand ils le souhaitent, de me citer ou de me publier.

3/ Homodoxie : Je lisais et j’écrivais pour moi au début en 2003. La rédaction d’un article m’oblige à structurer ma pensée, à la faire évoluer afin de donner plus de sens à mes projets, ma vie professionnelle ou privée. Chaque semaine, je sais que je vais rencontrer plusieurs personnes avec le même regard sur l’actualité. Ce lien s’il est durable permet de construire des projets ensemble. La toile accélère les opportunités et réduit l’espace à taille humaine comme si nous partagions les mêmes bureaux. Cette communion de pensée dans un groupe somme toute restreint met en place une cellule de veille et d’analyse cohérente et homogène.

4/ Je lis donc j’écris: Ce n’est pas en marchant seul, en allant au cinéma ou en jardinant que je fais le point sur mes pensées, ou mes actions.  Je me vide la tête, ce qui n’est pas la même chose! Quand vous avez eu la chance d’avoir des responsabilités de gestion,  vous avez pris l’habitude de lire au moins cinq journaux/magazines spécialisés et généralistes. Aujourd’hui, je partage naturellement mes recherches dans google blogs, wikio… et je découvre des auteurs spécialisés (journalistes ou blogueurs) sur mes centres d’intérêt qui mettent en perspective la plupart des sujets d’actualité qui m’intéressent. Je m’abonne alors à leur flux RSS que je classe dans un onglet de mon agrégateur : netvibes ou google reader.  Le soir ou le matin,  je parcours sur ce tableau de bord (façon Bloomberg) les titres des derniers articles parus, presse traditionnelle comprise,  et je conseille la lecture d’une dizaine de billets avec un commentaire à mes abonnés à partir de mon compte twitter (@pluriel). Je partage ainsi ma revue de l’information filtrée avec des centaines de personnes qui me lisent (followers) et qui réagissent. Je parviens souvent à insérer mon avis en anglais et en français autour du lien avec moins de 140 signes.

5/ Mon identité numérique : Quand le volume de contenus publiés atteint la cinquantaine de billets, il est essentiel de choisir son positionnement dans une matrice qui croise un axe  des abscisses « personnel/professionnel » avec l’axe des ordonnées « généraliste/spécialiste ». C’est le premier choix à effectuer avant de prendre une ligne éditoriale. Si une autre thématique me mobilise, je crée un autre blog.

6/ je suis lu donc je connecte: Ainsi, je consulte régulièrement les statistiques sur mes abonnés  pour savoir les articles qu’ils ont lu et ceux qu’ils ont commentés. Je peux même savoir l’identité de ces lecteurs en observant ma page sur viadeo qui m’indique ceux qui ont visité mon profil. Si je n’écrivais rien, presque personne voudrait en savoir plus sur moi. Je vais poster un commentaire régulièrement dans les autres blog qui reste lié au mien et ainsi des fils de connexion galvanisent notre relation. Même les désaccords sont bienveillants entre des individus complémentaires qui s’enrichissent et qui veulent résoudre les problèmes des uns et des autres. C’est très enrichissant de connaitre la réaction objective (car gratuite) d’un inconnu dont on trouve le discours respectable. Vos proches ne vous dévoilent jamais toute leur pensée pensant vous protéger. Ce regard des autres sur soi est absolument magique dans une période ou souvent vos « amis » n’ont pas forcément le temps de vous écouter et de vous conseiller. Mon réseau social s’enrichit chaque mois avec des personnes qui vivent aussi bien à Sydney, à Moscou, à Rennes ou à Rio de Janeiro. Mon réseau physique ou l’école de mon fils n’ont plus le monopole de l’extension de mon réseau social. Je trouve ainsi plus vite de nouveaux partenaires pour mes projets ce qui me rend plus efficace car je les choisis et la rencontre physique quand elle arrive est sans surprise.

7/ je suis connecté donc je gère mon image: Afin qu’elle soit cohérente en fonction des communautés que j’anime. D’autre part, si des personnes malveillantes venaient publier des contre-vérités sur moi, leurs billets n’apparaitraient que derrière mes publications sur les moteurs de recherche. Combien de managers aujourd’hui sont visibles dans Google sans le savoir, avec des propos qui nuisent à leur réputation et qui restent visibles plusieurs mois. Saisissez « Thierry Morin », l’ancien PDG de Valéo, dans google blog et vous découvrirez tous les articles à charge qui restent sans réponse de l’intéressé.  Pour en lire plus, voyez mon article.

Enfin, si j’observe un courant moraliste qui souffle sur notre société en pleine crise sociale et arrache quelques feuilles aux chênes du capitalisme financier, je ne vois aucun acte permettant de croire que les bourgeons ne produiront pas plus de bulles au printemps prochain. Malgré les chroniques évoluées, publiées dans  le numéro de Challenges du 29 octobre, proposant une taxe Tobin sur les produits financiers (prix Nobel d’économie en 1981) où la séparation des banques d’affaires et de dépôt, je ne crois qu’à une nouvelle vague d’entrepreneurs qui démontreront leur vertu et le sens de leurs actions au sein des réseaux sociaux. Comme Michel Edouard Leclerc, ils acceptent le challenge des idées avec panache et se place à côté, et non plus au dessus, de leurs clients, de leur personnel ou de leurs actionnaires dans un échange horizontal. La vertu passera aussi par une gestion équilibrée du social et du financier. L’un n’ira plus sans l’autre car les consommateurs veulent aussi donner un sens à leur vie à travers leurs achats. La vertu s’appelle échange, authenticité ou transparence pour reconnaitre et expliquer une erreur qui sera aussitôt pardonnée.

Les réussites des leaders économiques, avec la part de chance qu’elles comportent, ne sont admises par l’opinion que s’ils partagent leurs connaissances, leurs regards, leurs passions avec leurs contemporains. Comme le font de mieux en mieux les artistes, les sportifs et les politiques. Les fondations caritatives ne suffisent plus pour acheter son salut social. Bill Gates ou Warren Buffett l’ont compris.  Les grandes familles industrielles ne peuvent plus vivre pleinement leur bonheur dans le clair-obscur de leur citadelle. Ils doivent se connecter en wifi avec leur public pour expliquer leurs idées, partager leurs valeurs et exposer leur identité complète, teintée d’une dimension émotionnelle. Le ticket d’entrée dans ce territoire social numérique est moins difficile à acquérir aujourd’hui qu’il ne le sera demain. L’argent n’y fera rien.

Article écrit le mercredi 28 octobre 2009 | Tags : , , ,  | Publié dans Analytics, reseaux sociaux  | Suivre les commentaires par RSS 2.0  | Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.

  • S'abonner au site

    Abonnez-vous au flux rss
    Recevoir les derniers articles sur mon e-mail :
  • Catégories

  • Nuage de mots-clefs

  • Suivre le blog

  • Viadeo

    Partagez votre opinion sur une sujet de votre choix :
  • Pages

  • Real Time Web Analytics