Je pense plutot que le sens de l’intention de la parole se matérialise avec la succession des mots choisis et le ton que la voix leur donne. Je choisis mon exemple avec l’aide de Molière et son bourgeois gentilhomme : « Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour. Ou bien: D’amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux. Ou bien: Vos yeux beaux d’amour me font, belle Marquise, mourir. Ou bien: Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, d’amour me font. Ou bien: Me font vos yeux beaux mourir, belle Marquise, d’amour ». Les 3e et 4e phrase me font penser à Maitre Yoda dans Star Wars et placent le verbe à la fin comme la langue allemande, ce qui insiste, selon moi, sur l’intention de « mourir d’amour ». La phrase construite « normalement », la première, insiste sur la « belle marquise ». L’intention est plus facile à dire qu’à écrire, non?
« La parole est donc cette opération paradoxale où nous tentons de rejoindre, au moyen de mots dont le sens est donné, et de significations déjà disponibles, une intention qui, par principe, va au-delà et modifie, fixe elle-même en dernière analyse le sens des mots par lesquels elle se traduit. »
Phénoménologie de la perception, « Le Cogito », p.445-446, NRF, Collection Blanche, 1945
Article écrit le Vendredi 20 août 2010 | Tags : intention, merleau ponty, molière, parole, philosophie, sens des mots | Publié dans Analytics, opinion
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