La blog de Bertrand Dussauge

Charles Beigbeder & Christophe de Margerie face aux français

Ajouté le Mai22011
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Mercredi dernier, Guillaume Durand recevait deux leaders dans son émission tardive « Face aux français« . Cinq français sont invités : syndicalistes, journalistes, écologistes, jeunes patrons de PME… tous un peu enfermés dans la lecture des clichés diffusés par les médias. Pourtant les sujets à débattre pour rectifier les perceptions de la collectivité ne manquaient pas au moment où les sondages montrent la fracture (voire le canyon) qui sépare les élites économiques du simple citoyen.

Mais le format de l’émission de M. Durand ne permet pas aux invités d’expliquer des chiffres parfois compliqués. Déjà trop de minutes sont consacrées à la biographie des invités qui allait plomber le débat.  Car les deux élites ont le malheur d’être né dans une famille bourgeoise, ce qui automatiquement diminue le mérite de leur réussite personnelle aux yeux des français.

Cela dit, j’ai surtout été surpris par le manque de préparation de MM. Beigbeder et Margerie aux questions qu’ils allaient forcément entendre. Le premier est un serial-entrepreneur qui a accumulé ses capacités d’investissement dans le secteur financier pour créer un nouveau distributeur d’énergies, Poweo. Beigbeder achète maintenant des milliers d’hectares dans les pays émergeants pour alimenter la population de la planète avec Agro Génération. Mais Charles B. est aussi bénévolement responsable du lobby pour les jeux Olympiques d’Annecy! Sympa tout de même d’utiliser son réseau pour essayer d’organiser en France, l’une des plus fêtes du sport au monde. Espérons qu’il y parviendra mieux que Arnaud Lagardère en son temps. Enfin, Guillaume Durand met en avant le gout pour la politique de M. Beigbeder,  qui remonte tout de même à la campagne de Giscard d’Estaing en 1981. Si telle est son ambition, il est urgent que Charles B. innove socialement pour ne pas devenir bègue quand M. Melenchon lui demande son avis sur un écart de salaire maximum de 1 à 20 dans les entreprises. Car la réponse ne peut plus être : « laissez la liberté de décider aux actionnaires ». En effet, les actionnaires des banques américaines n’ont pas montré la plus grande prudence, avant la crise de 2008, sur le montant des bonus des leaders qui plongeaient leur entreprise dans le rouge vif. Ils savaient déjà sans nul doute que leur banque ne pouvait pas faire faillite, contrairement à toute autre entreprise privée qui se plante!

Christophe de Margerie, le directeur général de Total, n’a pas non plus trouvé la réponse qui tue pour justifier ses revenus. L’homme à la moustache sympathique a simplement répondu à M. Melenchon que ce dernier pouvait présenter quand il voulait, aux actionnaires de Total, des candidats qui accepteraient 27300 euros de salaire mensuel (rapport de 1 à 20 avec le smic) pour réaliser les mêmes performances économiques et sociales que Total aujourd’hui. M. de Margerie a expliqué comptablement pourquoi son groupe ne payait que €800 millions d’impôt (non sur la société) en France sur les €10,5 Mds d’impôt versés à l’étranger où il exploite les énergies fossiles à côté de ses clients. J’ai aussi compris que cela permettait de régler de nombreux salaires aux employés et aux sous-traitants français.  Mais, comment les français peuvent-ils comprendre la différence entre BP, Shell ou Total? Les deux premières entreprises britanniques recrutent aussi des ingénieurs français.

Ces groupes ne sont-ils pas devenus apatrides? Alors que Total est née en 1924 au Moyen Orient sur des apports en actifs allemands, récupérés par l’État français après la guerre, et qui ont été remboursés définitivement en 1996! Comment Total peut justifier payer moins de 10% de ses impôts dans le monde, dans un pays qui lui a donné vie en »prêtant » des actifs durant 72 ans? La question d’une identité fraternelle est, semble-t-il, ignorée par le représentant des actionnaires. Et si Total annonçait qu’il investissait plus de 50% de ses bénéfices dans les énergies renouvelables en France afin d’accélérer son désengagement dans les énergies fossiles? D’ailleurs, le problème de stockage de l’énergie pour la distribuer quand il n’y a plus de vent ou de soleil est déjà en partie résolu par une technologie « française » qui transforme l’énergie en hydrogène dans un volume réduit. Allez-voir McPhy, une PME française qui fait un tabac à l’étranger.

En revanche, M. de Margerie explique plutôt bien que son entreprise fournira toujours de l’énergie à ses clients dans cent ans . Il laisse supposer qu’elle ne sera pas fossile. Mais c’est pourquoi il faut comprendre que Total, Areva, EDF, Suez et leurs grands concurrents internationaux seront demain les plus grands producteurs d’énergies à partir des technologies vertes pour répondre à la demande. Il faudra juste une grosse vingtaine d’années pour produire suffisamment d’énergie, principalement, à partir de ressources non fossiles et non polluantes.

Quand on connait l’imagination et l’intelligence de certains leaders (et de leurs conseillers) qui permettent de créer de la valeur chaque année dans une société, avec des équations à plusieurs inconnues, je ne peux pas croire que ces esprits brillants ne trouvent pas un raisonnement simple pour justifier un écart de revenu entre un patron et un ouvrier, ou bien encore, entre le secteur financier et les autres industries. Alain Godard, ancien directeur général du groupe Aventis CropSciences, propose un raisonnement dans son blog inspiré par Alain Mérieux. Si la raison n’y est pour rien, alors le cœur a toute sa place…

Article écrit le lundi 02 mai 2011 | Tags : , , , , , ,  | Publié dans Politique business  | Suivre les commentaires par RSS 2.0  | Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.

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